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Prescription de l'ABS : délai de 3 ou 6 ans selon votre situation juridique

01/06/2026
Prescription de l'ABS : délai de 3 ou 6 ans selon votre situation juridique
Délai prescription ABS : 3 ou 6 ans selon votre cas. Calcul du point de départ, dissimulation, actes interruptifs et moyens de défense

Saviez-vous qu'un dirigeant poursuivi pour abus de biens sociaux peut voir les charges abandonnées si les faits sont prescrits, même si sa culpabilité semble établie ? Cette réalité juridique soulève une question cruciale : comment déterminer si vos faits relèvent d'une prescription de 3 ans ou de 6 ans, et à partir de quelle date ce délai commence-t-il vraiment à courir ? Face à ces enjeux complexes où chaque détail peut faire basculer votre situation, Maître Madou Koné, avocat au barreau de Paris, vous guide à travers les méandres de la prescription ABS pour vous permettre d'évaluer précisément votre position juridique.

  • Le nouveau délai de 6 ans s'applique aux prescriptions en cours au 1er mars 2017, sauf si la prescription était déjà acquise selon l'ancien délai de 3 ans (calcul rétroactif impératif).
  • La dissimulation reporte le point de départ au jour de la découverte effective des faits, mais un délai butoir de 12 ans s'applique désormais (même pour les infractions dissimulées).
  • Les soit-transmis du procureur interrompent la prescription depuis septembre 2024, tout comme les plaintes avec constitution de partie civile qui prorogent le délai de 3 mois.
  • La prescription peut être relevée d'office par les juges comme exception d'ordre public, rendant ce moyen de défense opposable même sans initiative de la défense.

Le nouveau régime de prescription ABS depuis 2017 : comprendre le délai applicable à votre cas

La détermination du délai de prescription applicable constitue la première étape fondamentale de votre analyse. Depuis la loi n°2017-242 du 27 février 2017, le paysage juridique a radicalement changé : le délai de prescription des délits est passé de 3 à 6 ans. Cette réforme majeure s'applique immédiatement aux prescriptions qui étaient en cours au 1er mars 2017, date d'entrée en vigueur de la loi. Depuis cette même loi, les services de police ont l'obligation d'indiquer sur tout récépissé de dépôt de plainte la durée de la prescription et la possibilité de l'interrompre en déposant une plainte avec constitution de partie civile, permettant ainsi aux victimes d'être pleinement informées de leurs droits.

Concrètement, si vous êtes concerné par des faits d'abus de biens sociaux commis avant mars 2017, vous devez impérativement vérifier si la prescription était déjà acquise selon l'ancien délai de 3 ans. Prenons un exemple : des faits commis en janvier 2013 et présentés dans les comptes annuels de juin 2013 étaient prescrits en juin 2016 selon l'ancien régime. Cette prescription reste définitivement acquise, même après la réforme.

En revanche, pour des faits commis en mars 2014 avec présentation des comptes en juin 2014, la prescription n'était pas acquise au 1er mars 2017 (il restait encore quelques mois). Dans ce cas, le nouveau délai de 6 ans s'applique pour le temps restant à courir, repoussant l'acquisition de la prescription à juin 2020.

À noter : Pour les entreprises dont l'exercice social coïncide avec l'année civile (clôture au 31 décembre), l'assemblée d'approbation des comptes doit se tenir avant le 30 juin de l'année suivante, ce qui fixe le point de départ du délai de prescription au plus tard à cette date. Cette date butoir du 30 juin est cruciale pour calculer précisément vos délais de prescription.

Point de départ de la prescription ABS : une distinction capitale entre dissimulation et transparence

L'ABS non dissimulé : le délai court dès l'approbation des comptes

Pour un abus de biens sociaux non dissimulé, le point de départ du délai de prescription est fixé au jour de la présentation des comptes annuels dans lesquels figurent les dépenses litigieuses. Il s'agit précisément de la date de l'assemblée générale approuvant ces comptes, qui doit obligatoirement se tenir dans les six mois suivant la clôture de l'exercice. Le dépôt des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce doit ensuite intervenir dans le mois suivant la date de tenue de l'assemblée, avec un délai supplémentaire d'un mois accordé en cas de dépôt des comptes en ligne.

Imaginez qu'un dirigeant utilise la carte bancaire de sa société pour régler des dépenses personnelles en septembre 2020. Si ces dépenses apparaissent clairement dans les comptes de l'exercice 2020 présentés à l'assemblée générale du 15 juin 2021, le délai de prescription de 6 ans commence à courir à cette date. Sans acte interruptif, la prescription sera acquise le 15 juin 2027.

Il est crucial de comprendre que l'ABS constitue un délit instantané : chaque nouvel usage abusif fait courir un nouveau délai de prescription. Si le même dirigeant continue ses prélèvements abusifs en 2021 et 2022, de nouveaux délais de prescription s'ouvriront à chaque présentation de comptes annuels.

L'ABS dissimulé : le report du délai jusqu'à la découverte effective

La situation devient radicalement différente lorsque l'abus de biens sociaux fait l'objet d'une dissimulation. Selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation, la dissimulation est caractérisée lorsque les comptes annuels ne permettent pas de révéler l'existence du délit. Il peut s'agir d'écritures comptables masquant la nature réelle des opérations, de comptes d'ordre équivoques, ou de toute manœuvre délibérée empêchant la découverte des faits. Selon l'arrêt du 30 janvier 2013 (n°12-80.107), la dissimulation ne peut toutefois être caractérisée que par un acte positif du dirigeant, excluant ainsi toute dissimulation passive ou simple absence de transparence non accompagnée de manœuvres actives.

Dans ce cas, le délai de prescription ne commence à courir qu'au jour où l'infraction est apparue et a pu être constatée dans des conditions permettant l'exercice de l'action publique. Cette découverte peut résulter d'une dénonciation par un commissaire aux comptes, de révélations faites par de nouveaux dirigeants après un changement de direction, ou encore d'une expertise comptable ordonnée dans le cadre d'une procédure collective. Il convient de distinguer techniquement l'infraction occulte, qui est clandestine par nature et suppose comme élément constitutif que l'auteur ait agi à l'insu de la victime, de l'infraction dissimulée, qui est clandestine par réalisation et résulte des circonstances concrètes où son auteur s'emploie par divers procédés à masquer ses agissements délictueux.

Exemple concret : Un dirigeant de PME dans le secteur du BTP crée entre janvier 2019 et décembre 2021 un système élaboré de fausses factures avec une société écran domiciliée au Luxembourg. Il fait apparaître dans les comptes de sa société française des prestations de conseil fictives pour un montant total de 450 000 euros, sommes qu'il récupère ensuite sur son compte personnel. Les comptes annuels 2019, 2020 et 2021 présentent ces charges comme des "honoraires de conseil en développement international". En mars 2023, suite à un contrôle fiscal approfondi, l'administration découvre le montage frauduleux et transmet le dossier au parquet. Le délai de prescription de 6 ans ne commencera à courir qu'à partir de mars 2023, date de la découverte effective du système de dissimulation.

Le délai butoir de 12 ans : une limite absolue depuis 2017

La réforme de 2017 a introduit un garde-fou essentiel : même pour les infractions dissimulées, la prescription est définitivement acquise 12 ans après la commission des faits. Cette règle vise à éviter une imprescriptibilité de facto des délits économiques et financiers.

Reprenons notre exemple de détournements dissimulés entre 2018 et 2020. Même si la découverte n'intervient qu'en 2029, les faits de 2018 seront prescrits en 2030 (12 ans après), et non en 2035 (6 ans après découverte). Pour les faits commis avant le 1er mars 2017, ce délai butoir ne commence à courir qu'à partir de cette date, interdisant toute prescription avant le 1er mars 2029.

Vérifier et invoquer la prescription ABS : stratégie de défense et pièges à éviter

Identifier les actes interruptifs qui prolongent votre exposition au risque pénal

La prescription peut être interrompue par différents actes de procédure, chacun faisant repartir un nouveau délai complet de 6 ans. Les actes interruptifs comprennent notamment tout acte du ministère public tendant à la poursuite, les procès-verbaux d'officiers de police judiciaire, les actes d'instruction du juge, et tout jugement ou arrêt même non définitif. Selon la jurisprudence récente du 10 septembre 2024, les soit-transmis par lesquels le procureur de la République enjoint à des officiers de police judiciaire de lui rendre compte, précisément et en urgence, de l'état d'avancement d'une enquête en cours ont également un caractère interruptif de prescription.

Attention toutefois : certains actes n'ont pas d'effet interruptif. Une simple plainte sans constitution de partie civile n'interrompt pas la prescription. Cependant, lorsque la victime d'un délit, lors de son audition par les enquêteurs, a déposé plainte et déclaré vouloir se constituer partie civile, le délai de prescription applicable est prorogé pendant trois mois à compter de sa plainte mais à son seul bénéfice (Chambre de l'instruction, 8 février 2018). De même, les simples rapports de synthèse ou retours de procédure ne constituent pas des actes interruptifs : un rapport d'enquête ou un procès-verbal de synthèse ne peuvent être considérés comme des actes d'enquête interruptifs car ils n'apportent aucun élément nouveau au dossier et ont pour objet de résumer l'accomplissement des actes réalisés qui, eux, interrompent bien le délai de prescription.

Il existe également des actes suspensifs qui mettent en pause le délai sans l'effacer. L'avis de fin d'information du juge d'instruction, par exemple, interrompt d'abord la prescription puis la suspend pendant les délais prévus par l'article 175 du Code de procédure pénale. À la différence de l'interruption, la suspension ne fait qu'arrêter le cours de la prescription et n'efface pas le temps déjà écoulé. La jurisprudence applique la suspension chaque fois qu'il y a un obstacle de droit ou de fait à l'exercice de l'action publique.

Conseil pratique : Constituez un tableau chronologique exhaustif recensant tous les actes de procédure intervenus dans votre dossier avec leurs dates précises. Distinguez clairement les actes interruptifs (qui font repartir un nouveau délai de 6 ans) des actes suspensifs (qui gèlent temporairement le délai sans l'effacer) et des actes sans effet sur la prescription. Cette cartographie temporelle vous permettra d'identifier avec certitude si la prescription est acquise ou non.

Calculer précisément les dates critiques dans votre situation

Pour évaluer si la prescription est acquise, vous devez calculer deux dates essentielles. Premièrement, ajoutez 6 ans à partir de la présentation des comptes (ou de la découverte si dissimulation), en tenant compte de tous les actes interruptifs survenus. Deuxièmement, calculez le délai butoir de 12 ans à compter de la commission effective des faits.

La prescription sera acquise à la première de ces deux dates en l'absence d'acte interruptif ultérieur. Si vous invoquez une dissimulation, constituez un dossier probatoire solide sur la date de découverte réelle, car la charge de la preuve incombe à la partie poursuivante.

Stratégie procédurale pour faire valoir efficacement la prescription

La prescription constitue une exception d'ordre public pouvant être invoquée à tout moment de la procédure. Elle peut même être relevée d'office par les juges, et le juge d'instruction a qualité pour décider sans retard sur les causes qui opèrent l'extinction de l'action publique, rendant ce moyen de défense opposable même sans initiative de la défense. N'attendez pas l'audience de jugement : soulevez ce moyen dès les premiers actes de procédure si elle est acquise. Vérifiez systématiquement que les actes invoqués comme interruptifs ne sont pas frappés de nullité, car tout acte nul perd son effet interruptif.

Surveillez également la notion de connexité : les actes interruptifs accomplis pour une infraction s'étendent aux coauteurs, complices et infractions connexes. Pour les faits anciens, documentez précisément l'absence de dissimulation en vous appuyant sur les comptes annuels accessibles. En cas de doute sur la visibilité des dépenses dans les comptes, une expertise comptable peut s'avérer déterminante.

Face à la complexité de la prescription ABS et ses multiples paramètres, l'accompagnement d'un avocat expérimenté en droit pénal des affaires devient essentiel. Maître Madou Koné, avocat au barreau de Paris, met son expertise au service des dirigeants et des victimes d'abus de biens sociaux, avec une disponibilité permanente pour les urgences pénales 24h/24 et 7j/7. Que vous soyez poursuivi ou victime, le cabinet vous accompagne dans l'analyse précise de votre situation au regard de la prescription, l'élaboration de votre stratégie de défense, et la protection de vos intérêts tout au long de la procédure, en cabinet ou en visioconférence selon vos contraintes.